Le 2 août, Fred et moi avons quitté Paris pour le Japon. Le lendemain, nous arrivions à Kanazawa, où vit Yumi Saitō, sa coach d’expression scénique. Dès le 4 août, toute l’équipe nous avait rejoints. Cette fois, vraiment toute l’équipe : vocalistes, musiciens, ingénieurs du son, encadrement. Nous nous étions déjà retrouvés deux fois en France, mais jamais encore dans cette configuration complète.
Et quelque chose a changé à Kanazawa.
Il y avait évidemment le travail. Beaucoup de travail. Mais il serait difficile de dire précisément à quel moment nous travaillions et à quel moment nous ne travaillions plus. Les discussions continuaient pendant les repas, dans la rue, le soir, parfois jusque très tard dans la nuit. On pouvait plaisanter, parler de tout autre chose, puis quelqu’un lançait soudain : « Et si on essayait ça ? » Une idée en amenait une autre, quelqu’un rebondissait, et tout repartait.
Nous avons très peu dormi.
J’avais préparé le séjour autant que possible. J’ai rapidement découvert qu’organiser une équipe en pleine effervescence créative relevait parfois de l’exercice d’équilibriste. Tout fusait en même temps. Il fallait essayer de garder une direction sans casser cette énergie. C’était potache, parfois franchement chaotique, mais aussi incroyablement studieux.
Fred, lui, a surtout pris conscience de ce qu’était devenue l’équipe. Pour la première fois, il voyait autour de lui l’ensemble du groupe réuni, musiciens compris. Certains ont déjà une vraie expérience de la scène, certains pourraient choisir d’autres aventures artistiques mieux installées. Pourtant ils sont là. Ils croient au projet, ils aiment ce qu’ils y font et ils choisissent de continuer.
« À Kanazawa, je me suis dit qu’on n’était plus seulement une équipe. On était devenus une famille. »
Une précision sur les images qui accompagnent cet article : par respect pour les personnes privées rencontrées ou présentes pendant le séjour, nous avons choisi de ne publier aucune photo personnelle. Il existe aussi une raison beaucoup plus prosaïque : Fred a perdu son téléphone, avec toutes les photos qu’il avait prises au fil du voyage. Les images retenues ici montrent donc simplement quelques-uns des lieux qui ont jalonné notre parcours.
Kanazawa, ou apprendre à regarder
Kanazawa a immédiatement plu à Fred. Il y a retrouvé une échelle qui lui semblait plus humaine que celle de Tokyo ou, plus tard, de Séoul. Les quartiers historiques, les musées, les rues, la ville elle-même lui ont laissé quantité d’images.
Mais ce sont aussi les rencontres qui ont compté. Il a rencontré la famille de Yumi, comme il rencontrera au cours du séjour plusieurs familles de membres japonais de l’équipe. Une remarque l’a particulièrement touché : des artistes francophones viennent naturellement au Japon avec leurs chansons françaises. La démarche de FRED est différente. Le répertoire naît en français, mais lorsqu’il part vers le japonais ou le coréen, l’objectif n’est pas simplement de traduire des paroles. Il s’agit de chercher comment le même noyau émotionnel peut vivre dans une autre langue et une autre culture.
Fred répondait souvent qu’il y aurait forcément des maladresses. Il n’est ni japonais ni coréen et ne prétend pas l’être. Curieusement, c’est précisément cette limite assumée que plusieurs personnes ont trouvée authentique. La démarche ne consiste pas à dissimuler celui qui écrit, mais à aller vers l’autre avec suffisamment de respect pour accepter que tout ne puisse pas rester exactement comme dans la chanson française d’origine.
Le Japon entier a nourri cette sensation. Kanazawa, Tokyo, Kyoto, puis Osaka avant le départ vers la Corée. Des rues, des odeurs, des sons, des scènes quotidiennes, des choses minuscules que personne ne retrouvera forcément immédiatement dans une chanson. Fred parle plutôt de graines. Certaines germeront peut-être dans quelques semaines, d’autres dans plusieurs années.
Osaka aura également laissé une impression très forte. Fred l’a préférée à Tokyo par certains aspects : toujours immense à ses yeux d’Européen, mais plus accessible, très vivante, avec ses rues commerçantes et, surtout, une capacité assez redoutable à faire oublier toute idée raisonnable de modération alimentaire. Sur ce point, personne dans l’équipe n’a vraiment fait preuve de discipline.
Deux rencontres pour commencer à comprendre la scène
Le séjour japonais comportait également deux rencontres-concerts dans des centres culturels français, l’une à Tokyo et l’autre dans le Kansai, près de Kyoto. Environ une centaine de personnes étaient présentes à chaque fois, principalement des étudiants apprenant le français au collège, au lycée, à l’université ou dans les formations proposées par les centres.
Nous avions préparé une dizaine de chansons pour chaque rencontre, avec un programme différent d’un lieu à l’autre. Fred chantait seul sur certains titres ; Min-Ah Seo et Akiko Tanaka le rejoignaient pour les morceaux conçus en duo. Les autres vocalistes, les chœurs et les musiciens étaient également présents.
Pour Fred, ces deux rendez-vous représentaient surtout une première confrontation réelle avec un public. Il n’a jamais caché que la scène le mettait mal à l’aise. Ces rencontres lui ont permis de prendre ses marques, mais aussi de comprendre que la forme classique du chanteur seul devant une salle n’était peut-être pas celle qui lui correspondrait le mieux à long terme.
Les échanges avec les étudiants ont probablement été aussi importants que les concerts eux-mêmes. Certains étaient immédiatement curieux. D’autres nous ont reconnu avoir été plus dubitatifs au départ. Puis, à mesure que nous expliquions le projet — pourquoi adapter les chansons, pourquoi accepter que certaines images ou références changent, pourquoi une œuvre sœur n’est pas une traduction littérale — leur perception évoluait.
Fred en a retiré une impression simple : lorsque la démarche est expliquée dans sa sincérité, quelque chose s’ouvre.
Plusieurs étudiants ont parlé d’authenticité. Certains lui ont dit directement qu’il « chantait vrai ». Cette expression l’a particulièrement touché.
Akiko, elle, a provoqué une autre forme de surprise. Son français parlé reste hésitant et certains étudiants le maîtrisaient parfois mieux qu’elle dans une conversation ordinaire. Puis elle commençait à chanter. La prononciation devenait presque sans accent. Le contraste étonnait énormément le public.
Cela dit beaucoup de sa façon de travailler : elle entre d’abord dans l’émotion de la chanson, cherche ce qu’elle doit porter, puis place les mots à l’intérieur de cette émotion.
Ces rencontres ont également laissé des liens durables. Parmi les personnes rencontrées au Japon, Fred échange encore régulièrement avec plusieurs dizaines d’entre elles. Elles prennent des nouvelles, suivent le projet, regardent le site, reviennent discuter.
Ce n’était encore que le début.
Séoul : un autre changement d’échelle
Nous avons quitté le Japon le 12 août, après un passage par Osaka, pour rejoindre la Corée.
Cette partie du voyage avait été préparée depuis plusieurs mois. Grâce à plusieurs liens existant autour de l’équipe, nous étions déjà en contact avec un important label coréo-japonais. Des masters avaient été transmis avant notre départ, le projet avait été présenté, et plusieurs échanges avaient déjà eu lieu.
Je préfère ne pas nommer ce partenaire aujourd’hui. Les discussions sont sérieuses, mais elles sont toujours en cours et certains détails doivent encore être arrêtés.
Ce partenaire nous mettait à disposition ses studios pendant le séjour et avait également organisé un concert à Séoul. Une rencontre plus formelle avec sa direction devait avoir lieu vers la fin de notre passage en Corée.
Cela a immédiatement donné à cette partie du voyage une autre dimension.
Une vingtaine de titres dans les studios de Séoul
Les studios eux-mêmes ont impressionné Fred.
Pas tant parce qu’il découvrait le travail en studio : nous avons déjà la chance de pouvoir travailler régulièrement dans de bonnes conditions en France, et l’équipe a ses habitudes avec Kenji et Daichi. Ce qui l’a saisi était plutôt le poids du lieu.
Entrer dans les infrastructures d’un grand label, savoir quels groupes et quels artistes sont passés dans les mêmes pièces, regarder autour de soi et se demander : « Qu’est-ce que je fais ici ? Est-ce que j’ai vraiment ma place ? »
Le travail, lui, est vite redevenu très concret.
Nous avons repris une vingtaine de titres qui existaient déjà sous forme de maquettes ou de versions avancées. Plusieurs univers étaient concernés. Ils ont été travaillés, finalisés, enregistrés ou masterisés selon leur état.
Un point comptait particulièrement pour nous : continuer à travailler avec Kenji et Daichi. Même dans les studios du label, nous avons pu conserver notre fonctionnement et nos ingénieurs du son. Si les discussions actuelles devaient aboutir, cette continuité resterait importante.
Les journées commençaient généralement vers 9 heures et se poursuivaient jusqu’à 15 ou 16 heures.
Ensuite venait une autre partie du séjour.
Quand les autres découvrent Séoul
Pour moi, la Corée n’était évidemment pas un pays à découvrir. Le plaisir venait plutôt de regarder Fred et une partie de l’équipe la parcourir, réagir, comparer, s’étonner et parfois s’arrêter devant des choses que je ne regardais plus nécessairement de la même manière.
Après les journées de studio, nous sortions. Beaucoup.
Séoul a cette capacité à faire oublier l’heure. Les soirées se prolongeaient souvent jusqu’à minuit, une heure, deux heures du matin, parfois davantage. Fred s’est jeté avec enthousiasme dans la street food, les restaurants, les rues, les quartiers et la vie nocturne. Il a aussi découvert qu’il était parfaitement possible de travailler sérieusement toute la journée et de ruiner ensuite en quelques heures toute perspective raisonnable de sommeil.
Nous avons beaucoup mangé.
Nous avons également beaucoup bu.
Il faut parfois savoir rester honnête dans une rubrique intitulée Les coulisses.
Les dimanches, sans studio, permettaient d’aller plus loin, de sortir davantage de Séoul et de prendre le temps de regarder autour de nous.
La fatigue s’accumulait, mais sur place elle restait presque invisible. L’excitation faisait office de carburant.
Une nuit à Namsan
Parmi toutes les images de Séoul, il en reste une que je crois impossible à dissocier de ce voyage.
Une nuit, nous sommes montés à la Namsan Tower.
La ville s’étendait sous nous. Fred est resté un moment à regarder Séoul depuis là-haut. Puis il s’est tourné vers Min-Ah et moi.
« J’ai l’impression d’être à la maison. J’ai l’impression d’être chez moi. »
Min-Ah s’est mise à pleurer.
Il n’y avait rien à ajouter.
Cette phrase est sortie spontanément et elle résume probablement mieux que n’importe quelle analyse ce qui s’est passé entre Fred et la Corée pendant ce séjour.
Il aimait déjà profondément ce pays avant d’y arriver. Mais il y a trouvé quelque chose de différent de la fascination qu’il ressent pour le Japon.
Au Japon, il aime l’histoire, les contrastes, cette capacité à passer du très codifié à l’inattendu, parfois même à l’improbable. Cela correspond aussi à une part de sa propre personnalité. Le Japon nourrit sa curiosité et son imaginaire.
Avec la Corée, le sentiment est plus difficile à expliquer.
Il parle d’une forme de familiarité.
Pas d’une appartenance imaginaire, encore moins de la prétention d’être ce qu’il n’est pas. Simplement de l’impression que certaines manières d’être, certaines relations et certaines façons de laisser tomber la distance une fois la confiance installée lui correspondent profondément.
Il m’a dit un jour que le Japon ressemblait pour lui à un premier amour, tandis que la Corée lui donnait davantage la sensation de rencontrer quelque chose qui pourrait accompagner toute une vie.
Il faut prendre cette image pour ce qu’elle est : pas un classement entre deux pays, mais deux manières différentes d’être touché.
Puis il y eut le concert
Le label coréo-japonais avait donc également organisé un concert pendant notre séjour.
Fred savait qu’il devait chanter. Il ne savait simplement pas à quel point le changement d’échelle allait être brutal.
Après les rencontres japonaises devant une centaine de personnes, il s’imaginait encore quelque chose d’assez intime.
En arrivant dans la salle, il a découvert environ 3 500 personnes devant lui, dans un lieu pouvant en accueillir autour de 4 000.
Déjà devant cent personnes, la scène lui demandait beaucoup. Là, il est entré dans un autre monde.
Le moment le plus fort est arrivé pendant Prière rouge, dans sa version coréenne. Deux grands écrans latéraux affichaient les paroles pour permettre au public de suivre et de participer.
Fred a commencé à chanter.
Puis le refrain est arrivé.
Et la salle l’a repris.
Plusieurs milliers de voix en même temps.
Fred s’est arrêté.
Pas parce qu’il avait oublié son texte. Parce que l’émotion l’avait littéralement submergé.
Il a essayé de repartir. Le public est reparti avec lui. L’émotion est revenue immédiatement. Il pleurait et n’arrivait pratiquement plus à chanter.
Min-Ah, forte notamment de son expérience passée de trainee, a pris le relais et porté une grande partie de la fin du morceau.
Le public aurait pu attendre qu’il se reprenne.
Il a fait exactement l’inverse.
Il a continué à chanter.
Comme pour le porter.
Plus tard, Yumi lui a fait comprendre avec son franc-parler habituel qu’il y avait encore beaucoup de travail à faire sur la maîtrise de cette émotion en scène.
Elle avait raison.
Mais c’est également à partir de là que notre réflexion sur une future forme de spectacle a pris davantage de sens.
Une autre manière d’imaginer la scène
Les rencontres japonaises avaient déjà permis d’expérimenter l’utilisation de grands écrans portant les paroles afin que le public puisse chanter.
Séoul a confirmé tout l’intérêt de cette idée.
Aujourd’hui, la réflexion reste ouverte, mais une direction se dessine : Fred seul au premier plan sur une scène assez dépouillée, deux grands écrans latéraux permettant au public de suivre les paroles et de participer, et peut-être un jour un grand écran central utilisant des images filmées ou métaphoriques pour accompagner les chansons.
La forme exacte n’existe pas encore.
Les moyens nécessaires non plus.
Mais l’idée est née d’une expérience réelle : lorsque plusieurs milliers de personnes se mettent à chanter, le public ne se contente plus de regarder le spectacle. Il y entre.
Et pour quelqu’un comme Fred, dont certaines chansons peuvent provoquer une émotion difficile à contrôler, il faudra aussi inventer une manière de garder cette intensité sans qu’elle l’empêche de continuer.
Le concert de Séoul n’a d’ailleurs pas vraiment pris fin avec la dernière chanson.
Rien n’avait été organisé après. Pourtant plusieurs centaines de personnes sont restées. Environ 300 à 400, selon nos estimations.
Pendant encore une heure et demie ou deux heures, nous avons discuté. Certains sont venus vers la scène, nous sommes allés dans la salle, les micros ont circulé, les questions aussi.
Après 3 500 personnes, tout s’est terminé presque paradoxalement par quelque chose de beaucoup plus simple : des gens qui voulaient rester et parler.
Pourquoi quelque chose se passe-t-il là-bas ?
Ce concert n’est évidemment pas, à lui seul, une réponse.
Mais il s’ajoute à quelque chose que Fred observait déjà : le projet rencontre aujourd’hui beaucoup plus d’écho au Japon et en Corée qu’en France ou plus largement en Occident.
Il ne prétend pas savoir exactement pourquoi.
Une hypothèse revient néanmoins souvent. En France, FRED est un projet musical indépendant parmi des milliers d’autres. Au Japon et en Corée, la démarche paraît plus singulière : un auteur francophone arrive avec son propre répertoire mais accepte de retravailler ses textes pour chercher une vraie rencontre avec les langues et les cultures auxquelles il s’adresse.
Cela intrigue.
Parfois cela provoque d’abord de la réserve.
Puis, lorsque le projet est expliqué, cette réserve peut disparaître très vite.
Les contacts qui se sont multipliés après Séoul, comme ceux qui existaient déjà au Japon, ont également pesé dans une décision très concrète : faire du site FRED un véritable espace quadrilingue.
Le français reste la langue matrice. L’anglais ouvre naturellement vers l’international. Mais il nous semblait désormais incohérent de demander à des personnes japonaises ou coréennes de s’intéresser au projet sans leur offrir une porte d’entrée complète dans leur propre langue.
Le japonais et le coréen ne sont donc pas des ornements ajoutés au site.
Ils correspondent à des gens réels.
La rencontre avec le label
Vers la fin du séjour, est venu le moment de la rencontre plus formelle avec le label qui nous avait accueillis en studio et avait organisé le concert.
Je m’étais chargée d’une grande partie du travail préparatoire. D’autres membres de l’équipe avaient également rendu cette mise en relation possible par leur propre histoire professionnelle.
Fred, lui, a vécu la journée d’une manière assez particulière.
Il avait l’impression de passer un examen.
Un premier interlocuteur, puis un responsable, puis un autre, jusqu’à la direction du label. À chaque étape, il avait presque le sentiment d’avoir obtenu le droit de passer à la suivante.
Min-Ah et moi lui avons expliqué ensuite que ce fonctionnement n’avait rien d’extraordinaire dans ce contexte.
L’accueil final a été très favorable.
Je n’entrerai pas ici dans le contenu de négociations qui nous appartiennent et qui ne sont pas encore achevées.
L’essentiel est ailleurs : ce qui intéresse nos interlocuteurs est précisément la démarche du projet. Ils connaissent peu d’exemples d’auteurs francophones développant systématiquement leurs propres œuvres vers le japonais et le coréen avec un véritable travail d’adaptation culturelle.
Personne ne nous a promis un conte de fées.
Le chemin serait probablement long. Difficile. Semé d’obstacles. L’âge de Fred ne simplifie pas nécessairement certaines choses dans une industrie qui aime souvent la jeunesse.
Mais, selon eux, l’aventure mérite d’être tentée.
Cela correspond assez bien à ce que Fred répète depuis le début.
« Je veux aller au bout de ce que j’ai entrepris. Écrire ce que j’ai à écrire et déposer ce que j’ai à déposer. Après, advienne que pourra. »
La célébrité n’est pas son moteur principal. Pouvoir vivre entièrement de la musique serait évidemment formidable. Mais lorsqu’il parle de réussite, il parle très vite des autres.
De ceux qui sont plus jeunes que lui.
De ceux qui ont choisi cette aventure.
De ceux qui restent alors qu’ils pourraient parfois aller ailleurs.
Il aimerait que FRED puisse un jour devenir quelque chose de durable pour eux aussi.
Busan, avec Min-Ah comme guide
Les trois derniers jours nous ont conduits à Busan.
Là, je pouvais laisser volontiers ma place de guide à Min-Ah.
Elle est profondément attachée à sa ville et s’est appliquée à nous en raconter l’histoire avec suffisamment d’enthousiasme pour que nous soyons désormais tous capables, selon Fred, de passer un examen sur Busan.
Il exagère.
Un peu.
La ville lui a énormément plu. Immense à l’échelle européenne, mais plus respirable à ses yeux que Séoul ou Tokyo, avec la mer, les plages et une atmosphère différente.
Il a également eu la chance de passer une journée avec la famille de Min-Ah. Cette partie du voyage restera volontairement dans la sphère personnelle. Il suffit de dire qu’il en garde un souvenir particulièrement chaleureux.
Nous ne sommes pas vraiment rentrés
Le 31 août, nous sommes revenus en France.
La fatigue véritable nous attendait ici.
Le décalage horaire, le manque de sommeil accumulé, les semaines passées à travailler le jour et vivre encore une grande partie de la nuit nous ont finalement rattrapés.
Mais il n’y a pas eu la grande scène des adieux à l’aéroport.
Nous sommes rentrés ensemble.
Et au moment où j’écris ces lignes, nous sommes de nouveau réunis en France pour notre semaine de travail régulière.
L’équipe fonctionne ainsi depuis un moment : des périodes où nous sommes physiquement tous ensemble, puis un quotidien à distance. Les outils actuels permettent des visios de groupe, des séances ciblées, du travail vocal, des prises de son et des échanges pratiquement permanents entre la France, le Japon et la Corée.
Le véritable adversaire reste surtout le fuseau horaire.
Il arrive que Fred travaille la nuit pour rejoindre quelqu’un en Asie, ou que ce soit l’inverse. Une partie de mon travail consiste précisément à faire tenir tout cela dans des agendas qui restent vaguement compatibles avec une vie humaine.
Nous ne sommes donc pas vraiment revenus du voyage pour arrêter quelque chose.
Nous avons simplement changé de lieu.
Ce qu’il en reste
Il reste une vingtaine de titres passés par les studios de Séoul.
Il reste deux premières expériences publiques au Japon.
Il reste une salle de 3 500 personnes et un refrain de Prière rouge que Fred n’a pas réussi à terminer parce que le public chantait avec lui.
Il reste une réflexion nouvelle sur la scène et sur la place que le public pourrait y prendre.
Il reste des rencontres, des échanges professionnels encore ouverts, des correspondants japonais et coréens, et un site devenu quadrilingue parce que ces langues correspondent désormais à des personnes bien réelles.
Il reste aussi des rues, des musées, des plages, des repas, des nuits trop courtes, des sons, des odeurs et une quantité de graines dont nous ne savons pas encore quelles chansons elles feront naître.
Et puis il reste deux phrases.
À Kanazawa, Fred a regardé l’équipe au complet et s’est dit :
« On est une famille. »
À Séoul, depuis Namsan, il a regardé la ville et nous a dit :
« J’ai l’impression d’être chez moi. »
Peut-être que ce voyage tient simplement entre ces deux phrases.
