Il y a des voix que l’on cherche précisément, et d’autres que l’on reconnaît seulement lorsqu’elles arrivent. Celle de Bae Yerin appartient un peu aux deux catégories.
Depuis quelque temps, FRED souhaitait élargir encore sa palette vocale féminine. Non pas pour remplacer une voix déjà présente, ni pour multiplier les interprètes sans nécessité, mais parce qu’il manquait encore une couleur particulière : quelque chose de plus grave, de plus sombre, avec davantage de poitrine, de grain et une sensibilité naturellement tournée vers la soul et le jazz.
C’est dans ce contexte que le chemin de Bae Yerin croise celui du projet.
Yerin est coréenne. Originaire de Gurye, dans le Jeolla du Sud, elle a pourtant grandi en grande partie en France. Arrivée très jeune avec ses parents, elle y passe son enfance, sa scolarité et son adolescence avant de revenir en Corée au début de l’âge adulte. Ce parcours explique une particularité que l’on remarque immédiatement lorsqu’elle chante : le français n’est pas pour elle une langue apprise tardivement ou reproduite phonétiquement. Elle l’a vécue.
Revenue en Corée, elle finit par s’installer à Gwangju et construit son parcours musical loin des circuits les plus visibles de l’industrie. Pas de trajectoire de trainee, pas de grande agence, pas de fabrication d’image pensée avant la voix. Son expérience se forme plutôt au contact de petites scènes, de formations soul et jazz et de collaborations locales, dans ces espaces où une chanteuse apprend surtout à tenir une chanson avec ce qu’elle possède réellement dans la voix.
C’est depuis la Corée, où le projet FRED commence à trouver un écho particulier, que Bae Yerin découvre sa musique. Sa présence au concert de Séoul transforme ensuite cette curiosité en rencontre.

Elle apprend alors que FRED cherche justement à enrichir sa palette avec une voix féminine correspondant assez précisément à son registre : plus grave, plus charnelle, avec une couleur différente de celles déjà présentes. Elle décide donc simplement de proposer sa voix.
La suite est beaucoup moins théorique.
Une audition, plusieurs essais, puis du travail en duo permettent assez vite de comprendre que quelque chose fonctionne. Pas parce que les voix se ressemblent, mais précisément parce qu’elles ne se ressemblent pas. Yerin apporte une densité différente, une manière d’installer le grave, de laisser une phrase respirer et parfois de donner davantage de poids à un mot sans avoir besoin de le pousser.
Cette différence est importante dans un projet comme FRED, où les voix féminines n’ont jamais vocation à devenir interchangeables. Min-Ah Seo possède sa propre sensibilité, Akiko Tanaka la sienne, et Bae Yerin arrive avec une autre matière encore.
FRED le résume à sa manière :
« Min-Ah m’apporte une couleur particulière sur certains sujets, Akiko m’en apporte une autre, avec sa propre sensibilité. Yerin ouvre encore un autre espace : sa voix, plus grave et plus intérieure, me permet d’aller vers des chansons beaucoup plus intimistes. Ce ne sont pas trois voix interchangeables, ce sont trois palettes différentes. Et puis bon… ce sont aussi mes trois femmes. Malik m’a déjà marié avec Min-Ah, il ne lui en reste donc plus que deux à organiser. Et connaissant le caractère des trois intéressées, je ne suis pas certain que ce soit sa mission la plus tranquille. » — FRED
Derrière la boutade, l’idée est pourtant très simple : disposer de plusieurs personnalités vocales capables d’ouvrir des chemins différents selon les chansons.
Le français de Yerin joue également un rôle essentiel. Il permet d’aller plus loin dans l’interprétation des textes francophones, notamment lorsque le morceau demande autre chose qu’une bonne prononciation : comprendre une hésitation, une retenue, une ambiguïté ou cette manière qu’a parfois un mot de porter davantage que son sens littéral.
Le premier chantier qui permet aujourd’hui de mesurer cette rencontre s’appelle Les Fantômes de nous.
Le travail est encore en cours, et il serait prématuré d’en tirer des conclusions définitives. Mais les premiers essais en duo permettent déjà d’entendre ce que cette nouvelle combinaison peut apporter : deux voix qui ne cherchent pas à se fondre totalement l’une dans l’autre, mais qui peuvent se répondre, se rapprocher, puis laisser apparaître leurs différences.
FRED le dit plus simplement :
« Quand je l’écoute chanter, elle me hérisse le poil. (…) Et je reste sidéré de voir que des voix comme celles de Min-Ah, Akiko ou Yerin aient pu rester aussi longtemps sous les radars. Elles ont chacune une vraie identité, quelque chose qu’on reconnaît immédiatement. Je trouve ça presque incroyable que des voix comme celles-là soient encore là, disponibles, sans avoir été réellement repérées. » — FRED
Son arrivée tombe d’ailleurs à point nommé. Un nouvel univers, De moi à toi, s’ouvrira plus tard autour de chansons beaucoup plus intimes, centrées sur l’amour, le manque, la proximité et ce qui se joue entre deux personnes. La voix de Yerin devrait y trouver naturellement sa place.
Son apport pourrait y devenir aussi déterminant que celui de Min-Ah dans GYEOL ou Néon Noir, ou celui d’Akiko dans Réminiscence et AYA. Non pas parce qu’une voix définit à elle seule un univers, mais parce qu’elle peut en révéler une couleur qu’on n’entendrait pas de la même manière autrement.
C’est probablement là que se trouve la vraie raison de l’arrivée de Bae Yerin dans FRED.
Pas simplement ajouter une nouvelle chanteuse à une liste, mais ouvrir une possibilité supplémentaire. Une autre couleur, une autre manière de faire circuler l’émotion entre deux voix, une autre façon parfois de faire entendre les mêmes mots.
Bae Yerin rejoint aujourd’hui FRED. Le reste, désormais, se construira dans les chansons.
Ji Haneul
